Quelques notions clés

Cette page regroupe les définitions et concepts essentiels pour appréhender les opérations d'influence. Chaque notion est expliquée dans son contexte opérationnel.

Types d'information

L'Information

L'information : Données exactes, vérifiées et replacées dans leur contexte d'origine. Elle résulte d'une collecte rigoureuse, d'un croisement de sources et d'un traitement critique visant l'exhaustivité et la neutralité. Sa valeur réside dans sa capacité à éclairer la prise de décision sans manipulation ni omission délibérée.

La malinformation

Malinformation : Données authentiques employées de façon malveillante : fuites de documents, publications d'informations personnelles, extraits audio/vidéo sortis de leur contexte, diffusés au moment opportun pour déstabiliser ou porter atteinte à une réputation. L'exactitude factuelle devient une arme lorsqu'elle est manipulée par la sélection, le cadrage ou le timing.

La désinformation

Désinformation : Contenu entièrement ou partiellement fabriqué — textes, images, deepfakes, faux sondages — diffusé sciemment pour tromper, polariser, ou influencer une décision stratégique. La falsification se double souvent d'une mise en scène : récits cohérents, relais automatisés, amplification par botnets et médias complaisants.

La mésinformation

Mésinformation : Informations inexactes ou trompeuses partagées sans intention de nuire ; rumeurs, interprétations erronées, chiffres mal compris qui se propagent via réseaux sociaux ou médias pressés. L'erreur d'origine peut sembler bénigne, mais l'effet boule-de-neige alimente confusion et spéculations, offrant un terrain fertile à la désinformation.

L'influence

Influence : Ensemble des moyens – cognitifs, informationnels, culturels ou techniques – mis en œuvre pour orienter durablement les perceptions, les jugements et les comportements d'une audience cible, sans recourir à la contrainte physique.

L'influence associe : contenu (messages, récits, symboles), canaux (médias, réseaux sociaux, artefacts matériels) et techniques (story-framing, micro-ciblage, synchronisation émotionnelle) afin de façonner le cadre mental préalable à toute prise de décision. Elle couvre aussi bien la persuasion légitime (communication stratégique, diplomatie publique) que les opérations offensives clandestines.

Cadres opérationnels

Les 5 W

Cadre 5 W : Matrice « Who, What, Why, Where, When » : on détermine l'audience visée, le message à pousser, l'objectif recherché, le théâtre/canal d'action et le moment opportun. Ce balisage offre une vue d'ensemble claire et évite les dérives tactiques lors de la planification d'une manœuvre d'influence.

Cycle OODA

Cycle OODA : Boucle décisionnelle « Observe → Orient → Decide → Act » de John Boyd : l'opérateur d'influence cherche à perturber l'étape « Orient » (interprétation des faits) afin que la cible prenne des décisions biaisées et agisse en sa faveur avant même d'en avoir conscience.

Fenêtre d'Overton

Fenêtre d'Overton : Concept décrivant la zone des idées jugées socialement acceptables ; en introduisant graduellement des positions extrêmes comme « discutables », puis « raisonnables », l'opérateur décale la fenêtre jusqu'à ce que sa cible finale devienne la nouvelle norme.

Techniques narratives

Narrative building

Narrative building : Élaboration d'un récit maître cohérent (héros, problème, solution) ; on l'ancre d'abord à un repère partagé (valeurs, émotions, faits établis), puis on le scande de messages dérivés (mèmes, articles, hashtags) pour le rendre familier et auto-renforçant dans l'esprit de la cible.

Story framing & priming

Story framing & priming : D'abord le framing : on sélectionne l'angle narratif (menace, injustice, réussite, etc.) pour diriger l'interprétation d'un fait. Ensuite le priming : on amorce la mémoire cognitive par des indices répétés (images, mots-clés, métaphores) afin que, lors de l'exposition au message principal, la cible active le cadre choisi plutôt qu'un autre.

Mémétique

Mémétique & mèmes visuels : Création d'unités culturelles ultracourtes (image + slogan) conçues pour une réplication virale ; la charge cognitive est minime, l'impact émotionnel immédiat, ce qui permet au narratif d'essaimer massivement sur les réseaux en contournant l'analyse rationnelle.

Biais cognitifs

Concepts généraux

Biais cognitifs : Mécanismes mentaux automatiques qui influencent nos décisions sans analyse rationnelle. Ils sont au cœur des stratégies d'influence efficaces car ils contournent l'esprit critique.

Biais de confirmation

Biais de confirmation : Tendance à rechercher, interpréter et retenir uniquement les informations qui confirment nos croyances existantes, tout en ignorant les données contradictoires. L'influence s'exerce ici en flattant les convictions déjà présentes chez la cible.

Biais d'autorité

Biais d'autorité : Propension à accorder plus de poids à une information ou une directive lorsqu'elle provient d'une figure perçue comme légitime ou compétente. Le pouvoir de l'uniforme, du titre ou de la posture experte est ici central.

Biais d'ancrage

Biais d'ancrage : Première information reçue = point de référence mental. Toute décision ultérieure sera inconsciemment calibrée à partir de ce premier repère. Les techniques d'influence exploitent ce biais pour orienter le jugement dès le départ.

Biais d'aversion à la perte

Biais d'aversion à la perte : Perdre quelque chose est psychologiquement deux fois plus marquant que de gagner l'équivalent. L'influenceur joue sur cette peur : « Si vous n'agissez pas maintenant, vous risquez de perdre… »

Biais de disponibilité

Biais de disponibilité : On évalue la probabilité d'un événement en fonction de la facilité avec laquelle des exemples nous viennent en tête. Ce biais est intensément exploité par les médias qui, en martelant certaines images ou faits, orientent notre perception du risque ou de la fréquence. Plus c'est mémorable, plus ça semble fréquent.

Biais de conformité

Biais de conformité : L'individu adopte l'opinion ou le comportement du groupe, même si cela contredit son propre jugement. Ce biais repose sur le besoin d'appartenance et la peur du rejet. En influence, il est courant d'utiliser des « preuves sociales » ou des témoignages massifs pour créer un effet de norme.

Biais de réactance

Biais de réactance : Lorsqu'une liberté perçue est menacée, on a tendance à réagir par opposition, même contre son propre intérêt. Une technique d'influence consiste à provoquer cette réactance de manière contrôlée pour pousser à une action « spontanée » ou rebelle. Le sentiment d'avoir choisi librement renforce l'adhésion.

Biais de cadrage

Biais de cadrage : La manière dont une information est présentée influence les décisions. Un même fait formulé en termes de gain ou de perte n'a pas le même impact (« 90 % de chances de succès » vs « 10 % de risques d'échec »). Les manipulateurs jouent sur ce biais en choisissant soigneusement le vocabulaire et les métriques.

Techniques de propagande

Arsenal rhétorique

Techniques de propagande : Arsenal rhétorique : effet « wagon » (bandwagon : rejoindre la majorité), attaque ad hominem (discréditer l'adversaire plutôt que l'argument), whataboutism (détourner la critique vers une faute tierce), faux dilemme (réduire le choix à deux options extrêmes), appel à la peur, surcharge d'informations, etc. Chaque levier vise à court-circuiter l'analyse raisonnée au profit d'une adhésion réflexe.

Astroturfing & sock-puppets

Astroturfing & sock-puppets : Création artificielle d'un « faux consensus » : multiplication de comptes marionnettes (sock-puppets) qui publient, commentent et partagent un même narratif pour faire croire à un soutien populaire authentique ; l'opinion voit une base "spontanée" et crédibilise le message sans soupçonner la coordination.

Bot & botnets

Social bots / botnets : Réseaux automatisés qui publient, repartagent et commentent massivement pour amplifier un message : création de tendance artificielle, flooding de hashtags concurrents, manipulation du ratio « likes/réponses » afin de façonner la perception publique.

Techniques avancées

Information laundering

Information laundering : Blanchiment d'un narratif via une chaîne de relais « crédibles » : blog obscur → réseau social → média local → institution reconnue, jusqu'à ce que la source d'origine – potentiellement hostile – ne soit plus identifiable.

Echo chambers

Echo chambers & filter bubbles : Algorithmes et cercles sociaux qui n'exposent l'utilisateur qu'à des opinions similaires, renforçant ses croyances et l'isolant des points de vue opposés ; terrain fertile pour la polarisation et la radicalisation.

Micro-ciblage comportemental

Micro-ciblage comportemental : Segmentation fine d'audiences selon leurs traits psychographiques (valeurs, peurs, style de vie) obtenus via données OSINT, cookies ou CRM ; permet de servir des messages ultra-personnalisés à fort pouvoir de persuasion.

False flag & forged leaks

False flag & forged leaks : Opérations attribuées à tort à un tiers (false flag) ou diffusion de « leaks » fabriqués pour rediriger soupçons et enquêtes ; outils classiques de diversion et de discrédit ciblé.

Reflexive control

Reflexive control : Technique consistant à fournir à l'adversaire des informations calibrées pour qu'il se forge de lui-même une conclusion erronée ; il agit alors « librement » mais dans le sens voulu par l'opérateur.

Spirale du silence

Spirale du silence : Phénomène sociologique où les opinions perçues comme minoritaires se taisent par peur de l'isolement ; l'absence d'expression renforce l'apparente domination du récit opposé et accentue l'autocensure.

Dark ads

Dark ads / dark posts : Annonces sponsorisées non indexées, visibles uniquement par une audience micro-ciblée ; permettent de diffuser des messages contradictoires ou polarisants en toute opacité, sans trace publique durable.

Indicateurs de contre-influence

Indicateurs de contre-influence : Ensemble d'indicateurs pour mesurer l'efficacité défensive : portée/exposition, taux d'engagement, rythme de diffusion, polarité du sentiment et résilience du récit face aux contre-narratifs.